Les crises de la dette grecque

Les crises de la dette grecque

le Mécanisme Européen de Stabilité a commencé ses versements – aux créanciers, pas à la Grèce

8 septembre par Bodo Ellmers

La saga du sauvetage de la Grèce a connu un nouvel épisode lors du versement des premières tranches du nouveau prêt. Le programme de prêt de 86 milliards d’euros sera financé par le Mécanisme Européen de Stabilité (MES). Le FMI a refusé de participer au paiement car il a des doutes concernant la soutenabilité du programme de prêt, négocié par l’Eurogroupe, qui ne contient pas de réduction importante du stock de la dette.

Pour de bonnes raisons : l’argent sera utilisé pour refinancer le fardeau insoutenable de la dette grecque et pour recapitaliser les banques. Alors que les créanciers ont gagné un bon moment de tranquillité, les citoyens et l’économie grecs sont de nouveau mis sur la touche.

l’argent sera utilisé pour refinancer le fardeau insoutenable de la dette grecque et pour recapitaliser les banques

Les ministres des finances et chefs d’états européens devraient être soulagés : le nouveau sauvetage devrait retarder de quelques années l’insolvabilité et donc le défaut de paiement de la Grèce. Avec un peu de chance, leurs mandats seront terminés et ce sont leurs successeurs qui devront assumer la responsabilité de la perte inévitable des milliards prêtés sous garantie des contribuables.

Où va l’argent ?

Le 20 août dernier, après approbation par différents parlements, l’argent du MES a commencé à être versé, mais pas à la Grèce, aux banques et créanciers :

Voici l’utilisation proposée pour ce troisième programme de sauvetage :

54 milliards pour refinancer les anciennes dettes
25 milliards pour recapitaliser les banques
15 milliards pour régler les retards de paiements et refinancer les réserves

On suppose que l’écart de 8 milliards entre les 94 milliards prévus ci-dessus et les 86 milliards que le MES devrait fournir sera financé par l’état grec : 2 milliards provenant du budget ordinaire et 6 milliards des recettes des privatisations. Cela signifie que le programme échoue non seulement à financer la reprise économique en Grèce, mais aussi que de l’argent soit retiré de l’économie et des budgets publics pour être transféré aux créanciers.

Début de l’ère des sauvetages circulaires à plusieurs niveaux

Un premier paiement de 13 milliards d’euros a été effectué le 20 août dernier. 3,4 milliards issus de cette somme ont été utilisés pour rembourser la BCE (3,2 milliards pour le principal, 200 millions pour les intérêts). Le fait que le MES commence à renflouer la BCE constitue un élément nouveau et un exemple kafkaïen de la manière dont les institutions européennes jouent au ping-pong avec de l’argent fictif. Et c’est aussi une bonne affaire pour la BCE et les états qui la possèdent : le CADTM a publié une excellente analyse qui explique comment la BCE fait des profits à la manière des fonds vautours sur les engagements grecs.

Le reste de l’argent sera principalement utilisé pour rembourser le crédit-pont de l’UE de 7,4 milliards que la Grèce a utilisé pour payer les tranches dues au FMI. J’ai soutenu précédemment que si la Grèce avait fait défaut sur les prêts du FMI, cela aurait été utile pour la réforme de cette institution. Ce paiement au FMI financé par le MES, c’est aussi une nouveauté : d’habitude, c’est le boulot du FMI de fournir des prêts lorsqu’un de ses membres est à court d’argent liquide, ce qu’il a fait de manière excessivement généreuse pour la Grèce ces dernières années. L’argent du FMI a principalement été utilisé par les gouvernements grecs, poussés par la Troïka, pour renflouer les créanciers privés et les banques en difficulté.

L’argent du FMI a principalement été utilisé par les gouvernements grecs, poussés par la Troïka, pour renflouer les créanciers privés et les banques en difficulté.

Nous sommes manifestement entré dans l’ère des sauvetages circulaires à plusieurs niveaux. Il serait intéressant de savoir si les conseils d’administration du FMI et de la BCE ont déjà envisagé lequel des deux interviendra lorsque le MES sera en difficulté, ce qui arrivera tôt ou tard si le MES continue à (re)financer les états insolvables.

Des 13 milliards du prochain paiement du MES, la part du lion (10 milliards) sera transférée sur un compte bloqué au Luxembourg, dirigé par le MES, hors de tout contrôle démocratique. Le paiement est destiné à la recapitalisation des banques, c’est-à-dire à leur sauvetage. Cette absence de contrôle démocratique a été critiquée par les commentaires formulés récemment par Eurodad au sujet de l’ensemble des conditions imposées par le nouveau programme. Un membre d’Eurodad, Global Justice Now, a aussi réalisé un blog sur le programme fou de privatisation, qui inclut une liste de biens à privatiser. Il est toutefois improbable qu’une nouvelle série de privatisations au rabais générera assez de ressources pour ramener la Grèce à des niveaux de dette soutenable. C’est bien cela, l’insolvabilité.

Il s’agit donc une fois encore d’un mélange de programme de sauvetage des banques et d’une déclaration d’insolvabilité reportée, c’est-à-dire d’un nouveau prêt pour refinancer de vielles dettes insoutenables, plutôt qu’une annulation des dettes une fois pour toutes. Si la Grèce était une entreprise privée, ce report délibéré serait un délit punissable. Tout cela démontre que l’UE a besoin d’un cadre ordonné et juste d’insolvabilité pour parvenir à une solution soutenable à la crise.

Source : Eurodad

Cet article a été traduit de l’anglais par François Sana (traduction relue par Christine Pagnoulle)

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Cet article est disponible en: Anglais, Espagnol